Les amphores de Cassinomagus

Ce samedi 18 août, les Amis de Chassenon ont accueilli la conférence de Joachim le Bomin sur le commerce des amphores et les amphores de Cassinomagus. Un sujet nouveau pour nous, qui a su captiver la cinquantaine d'amateurs qui se sont déplacés pour l'occasion.

            Joachim le Bomin a d'abord dressé une vaste fresque, depuis l'apparition de l'amphore chez les Grecs, jusqu'à sa lente disparition au début du moyen-âge en occident. Après avoir défini l'objet et son mode de fabrication, il a montré comment l'amphore permet de retracer l'évolution des habitudes de consommation des anciens, et le développement du commerce international à l'échelle de la méditerranée, jusque dans les plus lointaines extensions de l'empire romain. En Gaule, l'amphore apparaît massivement avant la colonisation du territoire par César. Elle permettait aux élites aristocratiques gauloises d'alimenter leur peuple en vin de Campanie, à l'occasion de grandes réunions souvent à caractère religieux. Ce commerce perdure au début de la colonisation et va se diversifier avec l'apparition du commerce du vins et d'huile venant d'Espagne, puis de produits plus rares originaires d'autres pays du bassin méditerranéen. Chaque période et chaque produit apporte une nouvelle forme d'amphore. C'est ainsi que l'étude de leurs vestiges permet de retracer l'histoire d'un site pendant toute la période.

 

            Joachim le Bomin a eu l'occasion d'étudier tous les tessons d'amphores découverts dans les fouilles menées à Cassinomagus depuis 1995, en participant au programme collectif de recherche initié par Gabriel Roque, et qui se poursuit jusqu'à aujourd'hui. Son exposé, richement illustré, a permis de reconnaître précisément la forme des amphores découvertes à Chassenon, et corrélativement, la période de leur arrivée ainsi que les produits consommés. A deux occasions, une marque est apparue sur une anse retrouvée, révélant le nom latin de l'exportateur. Si les thermes ne sont pas par nature un lieu où les amphores étaient utilisées, les abords du sanctuaire ont livré des tessons en quantité. Au total, le matériel retrouvé permet de décompter plus de 200 amphores sur le site de Cassinomagus. On imagine que des secteurs plus éloignés de l'ensemble monumental recèlent encore des découvertes à venir. Plus particulièrement, la fouille menée par Cécile Doulan en 2016 a révélé une série de cols d'amphores enfouis en position inversée dans le périmètre sacré du sanctuaire ; les archéologues se penchent avec intérêt sur l'interprétation de cette découverte. Ces vestiges datent du Ier siècle avant notre ère, et attestent de l'occupation du site bien avant la construction des monuments gallo-romains de Chassenon.

 

            Ce grand voyage dans lequel nous a emmené l'histoire de l'amphore a suscité de nombreuses questions de la part de l'assistance, auxquelles Joachim le Bomin a répondu en détail. Le conférencier s'est aussi prêté au jeu de l'identification de tessons d'amphores découverts par des Amis de Chassenon au cours de prospections pédestres conduites autour du bourg de Chassenon. Le pot de l'amitié a permis de prolonger les échanges de manière très conviviale. Les organisateurs remercient vivement le conférencier pour sa disponibilité, les nombreux amateurs qui se sont réunis et la société Alfran qui nous accueille dans les installation du parc archéologique.

Laurent Pelpel


Ajouté le 21/08/2018 par Laurent Pelpel - 0 réaction Rencontres Archéologiques

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