BAS-RELIEF MYTHOLOGIQUE DU TEMPLE DE CHASSENON
Il est bien difficile de qualifier précisément ce bas-relief découvert avant 1870 à Chassenon, tant les descriptions dont on dispose sont succinctes et divergentes. Le premier à l'évoquer est M. Henri de Montégut dans un courrier à la Société archéologique de la Charente (séance du 13 avril 1870) :
« M. de Montégut annonce que, dans un récent voyage qu'il vient de faire à Chassenon, il a vu un admirable bas-relief de marbre blanc, représentant un enfant jouant avec des lions, trouvé dans les fouilles de cette localité importante. Ce marbre est en la possession de M. l'abbé Arbellot, qui va le faire déposer au Musée de Limoges ».(1)
Le 26 avril suivant, c'est au tour de l'abbé Arbellot d'évoquer cette découverte devant la Société archéologique du Limousin :
« M. l'abbé Arbellot donne communication du dessin d'un bas-relief antique en pierre calcaire de Chasseneuil, découvert près Chassenom. Ce bas-relief, qui paraît être la partie antérieure du bassin d'une fontaine, représente un personnage mythologique entre deux tritons. »(2)
Ce dessin n'a pas été publié. L'information sur le bassin d'une fontaine est intéressante. La divergence sur le matériau est de peu d'importance, mais celle sur le sujet est plus troublante et n'apporte aucun détail : lions, ou tritons ?. Ce type de décor peut-être d'inspiration hellénistique. Le cortège de divinités marines est un motif funéraire de prédilection dans la société romaine durant le haut-empire, mais il peut aussi apparaître dans des temples ou des thermes. L'enfant avec les lions serait plus un thème dionysiaque.
Le 25 mai 1872, devant la même société du Limousin, l'abbé évoque à nouveau la découverte du bas-relief, dans des termes encore plus vagues :
« M. l'abbé Arbellot fait connaître le résultat des recherches qu'il a faites à Chassenon : il y a découvert un puits funéraire (?) et un temple dédié à la Lune (?), exactement construit sur le modèle du temple de Vesta à Rome, construction circulaire, entourée d'une colonnade. Il en a rapporté des fragments de bas-reliefs et des sculptures, dont il se propose de faire don au musée ».
Arbellot décède en 1900 ; aucune mention du bas-relief du temple de Chassenon postérieure à 1872 n'est connue. La pierre n'est pas entrée dans la collection de la société archéologique limougeaude, qui, il est vrai, se trouve bien malmenée à cette période. Cette collection est abandonnée à la Ville de Limoges en 1869, puis confiée au nouveau musée municipal, qui se consacre principalement à la céramique. Aucune entrée n'a lieu de 1869 à 1881, date à laquelle le musée céramique est nationalisé.

Evocation : bas-relief de Domitius Ahenobarbus , Rome, 2e siècle avant J.C.
Laurent Pelpel
(1) Henri de Montégut (1831-1922). Intendant divisionnaire au Tribunal de Limoges en 1870. Il avait épousé en 1867 Anne Clémence de Faure, au château des Ombrais près La Rochefoucauld. Il adhère à la Société archéologique de la Charente en 1889 et sera nommé correspondant du ministère de l'Instruction publique pour ce même département en 1894.
(2) François Arbellot (1816-1900). Vicaire à Saint-Junien en 1843, puis archiprêtre à Rochechouart de 1856 à 1877. Grace à une dotation de la Société française d'archéologie, il fouille aux thermes de Chassenon, et sur les deux petits temples coté est, en 1858 et 1859. Préside la Société archéologique du Limousin de 1875 à 1895


Réagir