Les Grandes Manœuvres

            Le 19 septembre 1881, Chassenon est le point de concentration de la 46ème Brigade d'artillerie et de cavalerie pour les grandes manœuvres du 12ème Corps d'armée.

            Mais pourquoi Chassenon ? L'ancienne cité romaine se trouve en limite est du département de la Charente. L'état-major est à Limoges et l'école d'artillerie à Angoulême. Le champ d'exercice de l'artillerie est à la Braconne. Les troupes vont donc tout naturellement se rapprocher de Limoges en bivouaquant à Chassenon.

            Quelle animation inhabituelle ! Plus de 120 canons, les attelages, les caissons d'artillerie, près de 500 chevaux, le commandement … Les troupes ont faculté de réquisition auprès des habitants pour l'approvisionnement et le cantonnement. Des indemnités sont prévues. Les tentes sont montées. Tous les enfants du village suivent le rassemblement au milieu des champs, les garçons de très près, les filles de plus loin. Le général Schmitz, commandant du 12ème corps d'armée se rend à Chassenon ce 19 septembre pour inspecter le cantonnement. Fébrilité.

                            Car il s'agit tout bonnement de prendre d'assaut l'armée qui défend Limoges, et de s'emparer de la ville. Les deux divisions du 12ème corps vont donc s'affronter. Le début des combats est prévu à Aixe-sur-Vienne. Pour s'y rendre, la 46ème brigade doit emprunter la Via Agrippa, de près ou de loin. Les hostilités commencent le 27 septembre : deux brigades, vrai/faux amies, se heurtent pour le passage du pont. Le 28, le passage est ouvert. Des pigeons-courrier annoncent la nouvelle à Limoges en 4 minutes.

             Limoges est en état de siège depuis plusieurs jours, avec des défenses avancées à l'ouest de la ville. On y a établi des « parapets », moins traumatisants pour les champs que les tranchées. La ville tombe le 30 septembre au soir, après des tirs d'artillerie et des assauts à la baïonnette.

             Le 1er octobre, c'est jour de fête à Limoges, discours, défilé des troupes, vin d'honneur, réception des officiers étrangers accrédités devant l’Hôtel de corps d'armée flambant neuf de la place Jourdan. Et pour le soldat lâché en ville, c'est la décompression : agresseurs et agressés font la fête ensemble. Tout cela a l'air d'une opérette. Mais c'est aussi la répétition pour la session de 1914, elle sera mille fois plus dure.


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