LES TRACES D'UNE MOSAIQUE A CHASSENON
Conservé aux archives de la DRAC à Poitiers, un rapport manuscrit, assez sommaire, rend compte d'une fouille opérée fin 1945 par le Docteur Pierre Masfrand * à Chassenon, au lieu-dit « Villers de la Piété ». à 250 m. au nord de l'amphithéâtre. Des murs y ont été dégagés ; des placages de marbre mouluré, et des briques particulières y ont été collectés, ainsi que … des fragments de mosaïque, une première à Cassinomagus. La fouille est rapidement recouverte, et le sol remis en culture. De toute évidence, la mosaïque, située à faible profondeur, était presque totalement détruite, et seuls quelques matériaux en provenant ont pu être ramassés.
Le Docteur Masfrand dépose le mobilier de la fouille à la salle d'archéologie du château de Rochechouart, où il va même reconstituer une portion de mosaïque avec les tesselles collectées en vrac dans la fouille. Cette intervention, qui s'apparente à un sondage, ne sera suivie d'aucune autre opération. Le contexte de la fouille de 1945 est particulier. La France est encore en guerre. Peu de temps après, le Docteur Masfrand rejoint Bordeaux, et, si la salle d'archéologie du château reste ouverte, elle n'a plus beaucoup d'animateurs pour la faire vivre. Lors de la disparition du musée Masfrand en 1974, la mosaïque de Chassenon est totalement oubliée.
Ce pavement était principalement composé de tesselles de calcaire blanc (1x1x2 cm), provenant probablement de Vilhonneur (Charente), et qui en constituaient le fond. Ce fond supportait un dessin géométrique peu dense, tracé avec des tesselles en calcaire marneux gris, deux fois moins épaisses, et, des tesselles de schiste bitumineux noir, moins nombreuses, pouvant provenir de la région d'Evaux-les-Bains (Creuse). Il est impossible de reconstituer le dessin initial de la mosaïque. Le site a également fourni quelques petites tesselles de verre bleu cobalt (0,7 x 0,7 x 0,7 cm), plus adaptées à un parement mural.
D'après le fouilleur de 1945, cette mosaïque appartenait probablement aux bains privés d'une riche demeure. Ce genre de mosaïque à fond blanc s'est répandu en Gaule au premier siècle et au début du deuxième, et fut encore utilisé ponctuellement par la suite. On en a découvert des exemples à Limoges (médiathèque) et à Poitiers (place Charles-de-Gaulle)
Laurent Pelpel
* Pierre Masfrand, fils du fondateur des Amis des Sciences et Arts de Rochechouart, avait réorganisé l'exposition archéologique du château dans les années 1930. Lors de la fouille de 1945, le Docteur Masfrand était « provisoirement en résidence à Rochechouart », où il s'occupe activement, avec Guy Pauchou, de la conservation du lieu de mémoire d'Oradour-sur-Glane. Secrétaire général de la sous-préfecture de Rochechouart, Guy Pauchou, ancien membre du réseau Gallia pendant la guerre, participa aux fouilles de Chassenon en 1945 aux cotés de Pierre Masfrand.


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