Une deuxième borne milliaire à Chassenon Posté le 05/11/2024 - Par Danièle Raynaud Patrimoine
Depuis le 12ème siècle, période de sa construction, l'église romane de Chassenon, classée aux Monuments Historiques depuis 2019, conservait un secret... jusqu'au 17 décembre 2023, date de sa découverte, à l'occasion du traditionnel marché de Noël avec ses multiples animations et sa chorale de chants de Noël dans l'église.
Notre ami de Chassenon, Jean-Paul Benoît, assiste à ce mélodieux concert, ses yeux se fixent soudain, sur le pilier droit situé au fond droit de la nef. C’est vraiment très curieux, ce pilier ?? il présente un dévers et une conicité tout à fait semblables aux caractéristiques des bornes milliaires.
Mais nous sommes à Chassenon!!, l’antique Cassinomagus, importante agglomération secondaire située en bordure ouest du territoire des Lémovices, connue pour la Monumentalité de ces trois édifices (son temple de 30m de haut, son amphithéâtre évalué à plus de 13 600 places, ses thermes de 12 500m2 (les 4èmes plus vastes de la gaule romaine).
Cassinomagus, étape mentionnée sur la table de Peutinger, était en bordure de la Via Agrippa, cette voie romaine reliant d’Est en Ouest : LYON (lungdunum, capitale de la gaule romaine) à SAINTES (mediolanum santonum, capitale de l’Aquitaine gallo-romaine).
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Sur la voie d’Agrippa, qui était un axe de communication majeur, construit par Agrippa, général, homme politique, gendre de l'empereur Auguste, au début du 1er siècle ap. J-C, il est fréquent de trouver une borne milliaire, qui n’est autre qu’une borne routière antique servant à renseigner les usagers des voies romaines, de la distance parcourue ou à parcourir. Ces bornes étaient implantées le long de cette voie souvent étalonnée en mille romains, soit 1481 m,(on parle de « bornes leugaires » pour celles disposées toutes les lieues gauloises soit 2222 m). Elles étaient positionnées près d’un gué, un pont, un carrefour, une bourgade ou tout autre endroit stratégique, à l'attention des usagers de ces voies.
Photo ci-contre, d'une première borne milliaire située dans le cimetière de Chassenon.
Identifiée, sous le nom de Croix aux Prêtres, elle est réutilisée en support de croix et mentionnée en 1784, par Pierre de Beaumesnil (cité par Jean-Hippolyte Michon en 1844 et par André Lecler, BASHL1869), puis étudiée par Nicole Raynaud dans TAL en 2001. |
Après de nombreuses recherches historiques, des vérifications de mesures techniques par des spécialistes des bornes milliaires (Paul Facq, professeur honoraire des Universités, Jean-Pierre Floc’h, Maître de conférences honoraire des Universités, George Mériguet, Sébastien Viala…TAL-44,2024 p 89-95.
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Toutes les informations recueillies attestent désormais de l'authenticité de cette deuxième borne milliaire par ces dimensions: hauteur et diamètre du fût ainsi que par ses caractéristiques morphologiques : conicité et carrure résiduelle du fût, inclinaison et excentricité de la base, ce vestige s'apparente aux 10 bornes routières retrouvées en Limousin.
Pendant des centaines d'années, elle est restée cachée, sous l'enduit de plâtre qui est progressivement tombé à cause de l'humidité. Située dans l'angle de l'aile droite du transept, elle a été réutilisée comme colonne de soutien par les bâtisseurs de l'église.
Elle est en granite de grain assez fin, elle est engagée dans un angle et seule une moitié environ de la surface du fût est visible pour le moment. Elle a des dimensions exceptionnelles (1,94m de hauteur totale avec un diamètre à la base du fût de 0,53m)
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L’enquête continue pour vérifier d’où provient cette seconde borne en granite aux caractéristiques géologiques proches de la première et sans doute du même gisement sur la rive droite de la Vienne, non loin de Chabanais…et aussi découvrir avec des moyens modernes (caméra endoscopique…) d’autres secrets dont une possible dédicace à un empereur, sur la face sans doute volontairement cachée, lors de la construction de l’église dans l’angle du mur gouttereau sud de la nef et celui du transept.
Les deux bornes de Chassenon sont à ce jour les seuls exemplaires complets en Charente.

